An englishman in Minervois.

C’est un des sujets en vogue dans les journaux, de France comme d’ailleurs: le retour à la campagne. Le confinement et la promiscuité urbaine sont passés par là, certains citadins ont décidé d’entrer dans le XXIe siècle, de se mettre au télétravail et de changer de vie. Est-ce une vague de fond? Bien malin celui qui saura répondre à cette question. Tout ce que je peux dire du fond de mes garrigues, de mon maquis, c’est qu’effectivement, cherchant actuellement une maison pour un ami parisien, j’ai constaté ici dans le Haut-Minervois, que les transactions immobilières était brutalement reparties à la hausse, un phénomène assez paradoxal dans un contexte économique incertain.
Mais les télétravailleurs ne sont pas les seuls à fuir les pollutions urbaines. Ainsi l’histoire de ce cuisinier branché de Londres qui arrive en ce mois de juillet dans un bled paumé du vignoble héraultais, totalement et bizarrement inconnu*.

Avant la catastrophe, Tristram Bowden était le chef du Black Axe Mangal, à Islington. Lisez ici ce qu’en dit The Guardian. Personnellement, je l’avais rencontré aux manettes du Bread & Wine de Spitalfields Market, la « boulangerie » du célèbre St.John, dont un des fondateurs a d’ailleurs déjà une maison en Minervois. Sa tête de cochon m’avait ravi, celle qu’il nous avait servie en tout cas, j’en parlais dans cette chronique sur la « cuisine nature ». Eh bien, Tristram a décidé (c’est officiel aujourd’hui) de plaquer les paillettes londoniennes pour rejoindre un nouveau projet, au fin fond du Minervois, à une grosse heure des villes, Toulouse ou Montpellier.

À partir du 10 juillet, il sera donc, avec à ses côté Ana Dias (ex-Londoner elle aussi**), le chef du Grand Café Occitan de Félines-Minervois, en l’occurrence l’ancien bar du village, jadis glorieuse étape aux portes de la Montagne noire tombée sous la coupe de la bière et des alcools industriels. J’avoue que la chute de l’enseigne Heineken a été un grand moment de bonheur, et un soulagement pour les yeux…
L’idée est de servir une cuisine populaire, fraîche, accessible, et de remettre le vin au centre de l’affaire. La priorité est bio, au niveau liquide comme au niveau solide.

Au passage, pour Tristram, ce retour à la campagne s’apparente également à un retour vers ses racines françaises puisqu’il est l’arrière-petit-fils d’André Gide***.

Derrière l’opération, on trouve principalement Robert Eden, Sir Bertie pour les intimes, qui prêche pour la biodynamie depuis la fin des années quatre-vingt-dix en Languedoc au Château Maris. Par les hasards de la vie, cet authentique lord héréditaire, 10e Baron d’Auckland, 8e Baron de Maryland, se retrouve donc patron de bistrot, titulaire d’une Licence IV. Je lui ai promis un marcel à trous pour les soirs où nous ferions la grillade au café. Et comme Sir Bertie s’est pris d’amour pour les cochons noirs (forcément bio), il va en livrer à Tristram, ainsi que la viande de plusieurs de ses copains éleveurs comme lui dans les pré-Pyrénées audoises. Voilà, et comme j’ai la chance de participer à ce projet « néo-rural », j’assume complètement que cette chronique relève du pire copinage qui soit. En plus, je vais initier Tristram, adepte de la cuisine populaire, au cassoulet…

*Et qui, alors même que les marchés locaux y sont magiques, était jusqu’à il y a peu un véritable désert gastronomique, où qui plus est le vin brillait par son absence. Heureusement, deux ou trois lieux sympas ont vu le jour, notamment La Table d’Azillanet, ou bien sûr dans un style davantage guinguette la désormais classique Cantine du Curé de Caunes.
**Ana a notamment été gérante du Great Queen street, table bistronomique de Covent Garden.
*** Au passage, c’est le frère de Tristram, Gaspard (ci-dessous), qui a sorti les outils pour remettre le café dans un état acceptable.

37 réflexions sur “An englishman in Minervois.”

  1. A bientôt Au Grand Café Occitan lors de notre prochaine venue dans notre maison du village voisin de La Livinière …notre fief et havre de paix à nous….
    Vivement le mois d’août ….
    A bientôt et bien venu dans cette belle région du minervois
    Marc

  2. catherine corgnet

    Quel bel endroit, dans un petit coin de France pittoresque, et un cuisinier de talent.
    Quel beau challenge; good luck et à bientôt dans votre beau village
    Catherine et famille

  3. Minervois acceuille un grand artiste de la cuisine et cela fera honneur au Grand Café Occitan qui rayonnera à des kilomètres à la ronde . C’est une grande chance d’avoir un lieux vivant qui apportera de la gaïeté et le bonheur aux pailles et à l’esprit des villages qui l’entourent
    Tous mes voeux de réussite
    Otto

  4. Ce merveilleux coin du monde a tellement de potentiel, et pas le moins côté vins, produits locaux et accueil convivial du Sud… on manque peut-être juste un peu d’esprit d’entreprise rigoureux et de marketing. J’espère qu’une clientèle fidèle s’y établira… ça reste un challenge mais on leur souhaite tout le succès qu’ils méritent!

    1. Carina,
      certes, il manque encore beaucoup à ce coin, je suis par exemple toujours stupéfait quand je vois que l’immense majorité des Montpelliérains, des Toulousains ignorent le Minervois, à 100 kilomètres de chez eux! Beaucoup de boulot à faire, donc. En revanche, comme je l’écris, je sens un mouvement, des choses qui bougent, dans la restauration en tout cas. La Table d’Azillanet que j’évoque, la désormais classique Cantine du Curé et sa carte des vins sexy, la Cave de Siran, à côté d’adresses plus anciennes, sympas comme Le Cagarol où l’on aime retourner. De toute façon, plus il y aura d’offre, mieux ce sera.

    1. Sophie,
      laissons d’abord Tristram prendre ses marques, renouer avec les beaux produits d’ici (qu’il a déjà fréquentés), il est en train de s’imprégner avec l’aide de tous, et on verra dans l’été. Mais oui, c’est un peu prévu.

    1. « De luxe »? Qu’est-ce qui vous faire dire ça? Je crois avoir écrit plus haut « cuisine populaire », non?
      Après, sans tomber dans le « luxe », est-il autorisé d’échapper à la « règle » du moche, du cheap, du miséreux? Est-il autorisé d’essayer de tirer vers le haut plus que vers le bas? Nombreux sont ceux qui aspirent à ça, pour que vivent ce pays, qu’il se développe, rayonne.
      Pour information, le menu de midi du Grand Café Occitan sera à 16€, « les amuse-gueules » du soir de 5 à 15€. Le prix des bouteilles de vin débutera à 16€. Et on servira pas de Coca-Cola ou de merdes du genre. Trop cher? Le seul « luxe » sera la qualité de la matière première, en priorité locale et bio.

  5. Au delà de la ridicule et inadaptée dénomination « luxe » pour ce café, en quoi serait-ce dérangeant qu’un établissement de ce style s’implante dans un village ? Je pense à tous ces villages qui bénéficient économiquement et socialement de la présence d’un bel établissement. Ça crée de l’énergie, de l’attractivité, des ressources et de l’emplo. En tous cas, ça me parait autrement plus positif et productif que de beugler autour d’un cubi de fond de rebus en brûlant des pneus sur un rond-point.

    1. Je voit pas le rapport. L’Aude est très bien comme elle est sans faire venir les bourgeois d’ailleurs…. et elle existe très bien sans les ”grands crus”, sans les restaurants de riche!!!

      1. Vanessa (ou quelque soit votre prénom puisque que vous omettez de vous identifier), c’est une obsession, les « riches », le « luxe »? Avez-vous lu ma précédente réponse? Menu à 16€, assiettes à partir dd 5€, vins à partir de 16€ la bouteille… pour du bio, du local, du frais… vous vivez sur une autre planète?
        À propos, puisqu’on parle de géographie, Félines-Minervois est dans l’Hérault.

        1. Ce qui ne serait en tous cas pas du luxe Vanessa ( ? ), c’est que vous repassiez par l’école du village, histoire de revoir votre connaissance de la langue dans laquelle vous tentez d’exprimer vos frustrations.

      2. Il est vrai que l’Aude n’a pas besoin d’être tirée vers le haut ! Bénéficiant d’une nature exceptionnelle, de vestiges historiques uniques, d’une météo radieuse, de vins souvent merveilleux, c’est pourtant un des départements les plus pauvres de France et cela par un refus viscéral de ses autochtones qui ont peur de l’étranger !!!!
        Quand je dis étranger cela s’applique même à un français d’une autre région. Les villages se meurent alors bravo à ce chef qui a le courage d’ouvrir cet établissement.

      3. Jean-Rémi Mourad

        Vanessa, elle préfère le vert Heineken de la pancarte, la picole à pas cher et les cacahuètes grasses à l’urine, ou le jaune peut-être, épais et chaud, celui qu’on boit sur les rond-points, alors ces bougnoules blancs, qui parlent un autre patois, et qui lui volent son département, ses coutumes, c’est trop pour Vanessa.

  6. Quelle belle nouvelle ! Et plus encore dans cette année triste !
    Nos campagnes si belles mais délaissées par les politiciens de la ville, abimées par le manque de moyen (et de culture) ont besoin de belles énergies dans ce genre !
    Mes meilleurs voeux de succès à cette entreprise, je ne manquerai pas de venir y trinquer avec vous ! Bravo !

  7. ISABELLE B
    Madame (Vanessa ?), vous vous ètes levée du mauvais pied. Venez donc au Grand Cafè Occitan pour admirer le luxe de vos propres yeux: chandeliers, nappes en Damask, argenterie, fauteuils en velours et j’en passe…
    Vous devriez ètre flattée que Monsieur Pousson ait pris le temps de vous répondre.
    Flattée qu’un Chef quitte son restaurant de Londres, connu et toujours rempli, pour s’installer dans votre campagne pour réaliser son rève.
    Le Hérault a besoin d’ « étrangers » comme vous les appelez et Félines Minervois soutient le projet 100 pour 100.
    Si celà ne vous convient pas, allez au MacDo du Point Rouge et bon appétit.
    Malheureusement il faut toujours qu’un rabat-joie se pointe. Mais maintenant au moins vous ètes célèbre !!!
    Il se fait que le Chef est mon fils et je le soutiendrai quoiqu’il arrive. Bonne journée

  8. heureusement pour nous , et contrairement a ce que que vous soulignez ,nous avons plus que deux bars ou restoS sympa ( la cantine du curé, et la table d Azillanet ,seriez vous aussi de leur famille ?????????) pour satisfaire tous les gourmets. I l me semble que vous en oubliez pas mal de bars sympa ou endroit ou l ambiance est très bonne , chaleureuse etc etc et ou l’on mange du faits maison , circuit court etc etc….Ou alors ce n est qu une maladresse ????
    je ne doute pas que votre cuisine sera excellente …..et je viendrai avec plaisir gouter cela …..
    Mais on vous a pas attendue non plus pour avoir de la qualité en Minervois .
    Désert gastronomique vous y aller un peu fort !

    1. Eh bien vous avez de la chance, chère Sandrine, si vous en trouvez tant que ça ! Nous sommes pourtant nombreux à chercher (en vain) ce genre de tables en Minervois. Pour résumer : un cadre qui semble pas avoir été commis par un décorateur bulgare de la haute époque, une cuisine fraîche, envoyée, fondée sur de bons produits de préférence bio, une ambiance qui n’évoque pas l’EHPAD frappé de plein fouet par le Covid_19, une carte des vins originale, curieuse, variée, susceptible de ne pas faire fuir les franc-buveurs.
      Si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à me (nous) les communiquer, ce sera un plaisir de les découvrir.

      1. Sandrine, vous tardez à nous donner ces adresses que nous attendons tous avec la plus grande impatience.
        En attendant, je vous donne un petit spot sympa, avec quelques jolies bouteilles et des tapas, tout près de chez vous à Siran (l’adresse IP est aussi bavarde qu’un cave…), La Cave. Essayez-là, mais surtout revenez-nous pour votre longue liste d’adresses branchées et inconnues.
        Bien à vous.

  9. Un grand BRAVO et un immense MERCI.
    Voilà plus de 20 ans que je fréquente assidûment le Minervois et je vois bien que les rares intitatives ‘publiques’ patinent et s’enlisent, ne dépassant souvent pas le stade de la réflexion.
    Bienvenue dans ce coin de paradis à toute l’équipe et à très bientôt Vincent, à Félines bien évidemment !

    1. Yannick,
      peut-être devriez-vous vous déplacer et constater que c’est tout un village qui a inauguré ce café hier, et qui désormais se l’approprie. Occitans, Français, Anglais, Portugais, Sud-Africains, Danois, Allemands, Américains, Espagnols, Australiens… excusez-nous, mais avec cette affluence nous n’avons pas eu le temps de demander les passeports à tout le monde.

      Regardez ici…

    1. Bonsoir Christine,
      eh non, malheureusement pas de Charivari en cette année bizarre. La dégustation a en partie repris à la Borie, sous un format adapté, uniquement sur rendez-vous, mais pour les soirées telles que nous les organisions, le lieu ne se prête pas. Mais nous nous retrouverons dans d’autres circonstances, ici et là, avec toujours à table les merveilles produites par nos amis paysans. Je vous tiendrai au courant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *